Korg MS-20 : Genèse d’un mythe

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Tokyo, 1956. Année du premier championnat du monde de judo. Une seule épreuve, une catégorie de poids unique : celle de toutes catégories. C’est également l’année de la sortie du film « Et dieu créa la femme » qui impose le couple Bardot-Vadim. Première production d’électricité d’origine nucléaire à Marcoule. Partout, la décolonisation ne cesse de marquer des points. Le Maroc et la Tunisie acquièrent leur indépendance et les troupes françaises quittent Saïgon. 1956, c’est aussi la condamnation de la ségrégation raciale par la Cour suprême des États-Unis, et pendant que l’explosion du rock’n’roll incarné par Elvis Presley fait fureur, un musicien, Tadashi Osanai, ingénieur de formation se produit régulièrement sur la scène du night club de Tsutomu Katoh. Ce dernier, pour les besoins du spectacle, suggère à l’accordéoniste de s’accompagner avec une Sideman Wurlitzer, une boîte à rythmes américaine. Tadashi Osanai; séduit par le concept, n’est pourtant pas entièrement satisfait du produit. Persuadé de pouvoir réaliser un modèle plus performant, il convainc Tsutomu Katoh d’en financer la réalisation.

Les mois passent et aux abords de la voie ferrée de Keio, nait en 1962 Keio Electronic Laboratory Corporation. Elle emploie alors quatre personnes et un an plus tard le projet initial aboutit et la première boîte à rythmes japonaise voit le jour: la Disc Rotary Electronic Auto Rythm Machine DA-20, suivie de deux autres modèles, les DC-11 et DE-11.

Plus tard, en 1966 avec la DE-20, la Keio abandonne les technologies électromécaniques au profit des transistors. En 1967 arrive la boîte à rythmes MP-2.

Le marché musical nippon, détenu à 90 % par Yamaha et Kawai, semble difficile à pénétrer, mais grâce à un accord passé avec Yamaha, Keio, chargé d’équiper en boîte à rythmes les claviers Electrone, acquiert une réputation internationale. Parallèlement à l’amélioration de la série MP, Keio diversifie ses activités. Tsutomu Katoh engage un nouvel ingénieur, Fumio Mieda, qui travaille à la conception d’un orgue électronique programmable, commercialisé en 1971, et vendu à cinquante exemplaires. C’est à cette occasion que la société est rebaptisée KORG, contraction de Keio Organ.

En pleine expansion, le marché de l’orgue est entre les mains de Baldwin, Hammond, Kawai, Lowrey, Wurlitzer et Yamaha. Conseillé par un musicien japonais, ancien étudiant à Beklee, qui lui affirme que la conception d’un orgue est très proche de celle d’un synthétiseur, Tsutomu Katoh décidé de se lancer dans un domaine où la concurrence est moins sévère, puisqu’encore aux mains de quelques pionniers seulement. Inspiré des concepts de l’orgue de Fumio Mieda, le MiniKorg 700 sort en juin 1973, et ne coûte que la moitié du prix d’un ARP 2600. La première année de production, environ 8000 exemplaires sont vendus à travers le monde.

Dans un tout autre domaine, Korg réalise les premiers accordeurs électroniques: le WT-10 et le WT-12, révolutionnaires à l’époque et en 1975, le 900 PS, premier polyphonique à presets voit le jour.

1977 voit le lancement de la série PS 3000, des machines de recherche. Elles sont également totalement polyphoniques grâce à l’application de la technologie du diviseur d’octaves, issue encore une fois de  l’orgue électronique. Keith Emerson, le plus connu des utilisateurs de synthétiseurs de l’époque, adopte le PS-3300.

1978 est une année charnière pour KORG. Bénéficiant d’un tout nouveau design, les MS10, MS20, SQ10, VC10 et MS50 débarquent. Les monophoniques MS10, 20 et 50 sont de puissantes machines de recherche, à l’image des PS mais leur prix est inférieur à celui du MiniKorg des débuts. Quant au vocoder VC 10, c’est le modèle le moins cher du marché. La mythe du MS-20 débute. Son caractère rugueux, puissant que leurs confèrent ses filtres auto-oscillants caractéristiques, son LFO insolite pour l’époque et sa taille séduiront des artistes aussi différents que Air, Aphex Twin, Daft Punk, mais aussi Depech Mode, Gorillaz, Mr Oizo, Prodigy ou The Dandy Warhols.

En 2013, Korg annonce la sortie du MS-20 Mini, une réédition du MS-20 de 1978, un peu plus petit que son aîné, puisque conçu avec des composants SMD (composants montés en surface). Modernité oblige, la version mini embarque à son bord la technologie MIDI (inexistante à l’époque), un port usb et un software updatable qui permettra sans doute de faire évoluer le firmware de la petite bête.

En attendant, qu’il soit « mini » ou « original », nos oreilles n’ont pas fini d’entendre rugir la voix singulière de cette machine au destin mythique!

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